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« Dis M., c’est vrai qu’on va tous mourir ? ». C’est la question que m’a posé mon neveu ce soir quand il m'a téléphoné en rentrant de l’école. Son professeur leur a parlé de l’épidémie qui sévit actuellement dans le monde, il en a discuté avec ses copains et je crois qu’il se pose énormément de questions et que ça l’inquiète beaucoup.

J’aurais pu lui répondre à la manière de Florence Foresti "Mais bien sûr mon  Loulou, on nait, on vit, on se reproduit, on meurt, on pourrit. Pourquoi penses-tu que tu pourrais y échapper, jeune homme?". Il a l’habitude que j’aborde avec lui tous les sujets sur le ton de l’humour, ça facilite la communication, la compréhension et l’acceptation de certaines choses. En général, c’est un bon antalgique, un bon bain d’endorphines diminue le stress, un bon fou rire apaise les tensions. J’ai bien compris à sa voix qu'il attendait une réponse sérieuse, et que je n’avais pas intérêt à me vautrer.

J’ai mis de côté mes propres inquiétudes, et essayé d’occulter le fait que, comme d’habitude, on ne nous dit pas tout, pour tenter de le rassurer. Je lui ai dit que tout était sous contrôle, qu'en France nous avons un service de santé efficace et des médecins performants, la prise de conscience que la pandémie menace est bien actée, les pays font ce qu’il faut pour protéger les populations, les chercheurs cherchent, les chinois construisent en urgence deux immenses hôpitaux, tout cela prouve que le danger est pris au sérieux.

En même temps, au fur et à mesure que j’avançais dans mon argumentation, j’avais l’impression que c’était moi que je cherchais à convaincre. Mais que dire à ce petit bonhomme de 10 ans, comment lui expliquer sans le terroriser les dangers qui planent au-dessus de nos têtes. Qu'après le Sida, Ebola, le chikungunya, le SRAS, les différentes crises sanitaires de la vache folle, de la fièvre porcine, de la grippe aviaire, un nouveau et énième fléau menace notre santé?

Dois-je lui avouer que si je vois la vie en rose, j'entrevois pour la planète un avenir des plus sombres, dois-je lui révéler que nos gouvernants nous mentent, dois-je reconnaître que je ne sais pas, que personne ne sait si cette saloperie est gérable et si on peut enrayer sa progression.

Depuis son plus jeune âge j'essaies de le sensibilser à l'écologie, je lui ai parlé du 6ème continent, du mercure dans le saumon, de l'exploitation outrancière de nos réserves naturelles, de cette tragédie planétaire prévisible qu'est le dérèglement climatique, je ne vais pas d'avantage lui plomber le moral avec les risques de contagions microbiennes. Si on veut être tout à fait honnête, ce n'est pas si facile d'aborder avec les enfants la réalité de ce monde. Ils sont la génération future, pas la génération no futur.