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Un gros suppositoire bloque le colon de la planète, celui par lequel transite tout un tas de merdes venues d'Asie : produits chimiques, contrefaçons, bassines en plastique, ...

Le porte-conteneurs Ever Given est devenu célèbre dans le monde entier en bloquant le canal de Suez.

Battant pavillon panaméen, ce porte-conteneurs est un des plus grands au monde. Long de 400 mètres, haut comme un immeuble de 20 étages et large de 59 mètres, il transporte quelque 20.000 containers. Sa longueur est à comparer à la largeur du canal de Suez d'environ 300 mètres, ce qui explique pourquoi en s'échouant il bloque le passage aux autres navires. Ce géant des mers permet de transporter encore plus de produits made in ailleurs et d'en inonder le marché européen. D'ailleurs le PC avec lequel j'écris a sans doute été transporté par un de ces titans puisque plus aucun appareil multimedia n'est fabriqué en France.

Le canal de Suez est l'une des voies maritimes les plus empruntées au monde, il y transite plus de 10 % du commerce mondial. Un embouteillage monstre s'est créé et déjà plus d'une centaine de bateaux et porte containers attendaient jeudi soir pour pouvoir passer par cette voie de 193 kilomètres de long qui relie la mer Rouge à la mer Méditerranée. La seule autre possibilité pour relier l'Europe à l'Asie ou au Moyen-Orient consiste à mettre le cap vers Bonne-Espérance, soit un détour d'environ 9.000 kilomètres et une dizaine de jours de voyage supplémentaires.

Cet axe essentiel au commerce international représente une manne financière pour l’Égypte : les droits de passage réglés par les navires pour emprunter le canal ont généré plus de 23 milliards d’euros de recettes entre 2015 et 2020. C'est bien, cela rapporte des devises à un pays qui en a bien besoin.

Pour moi, cette histoire montre une fois de plus les limites de la course au gigantisme et de la mondialisation à outrance.

D'abord les conséquences économiques ne se sont pas faites attendre : les cours du pétrole ont fait un bond de 5% dans plusieurs places financières. En cause ? Des craintes autour de l’approvisionnement en hydrocarbures. Environ 1,9 million de barils de pétrole transitent par le canal chaque jour, selon une revue britannique spécialisée dans le trafic maritime. Et tous les ans, 1,2 milliard de tonnes de marchandises passent par là… Tous les jours, une cinquantaine de navires empruntent le canal. En 2020, cela a représenté quelque 18 829 bâtiments. Une véritable autoroute, avec ses bouchons et ses heures de pointe.

Ensuite les porte conteneurs, ces monstres d'acier, sont propulsés par des moteurs d'une puissance phénomènale (79 500 chevaux pour l'Ever Given) qui ont une consommation quotidienne de 300 tonnes de fuel (mazout peu raffiné, riche en rejets toxiques). Il faut plus de 10.000 tonnes de carburant pour faire un aller-retour entre l’Asie et l’Europe. Un plein de carburant se réalise en une douzaine d’heures et coûte environ 2.5 millions de dollars par voyage. Sur ce genre de navire, l’équipage n’a absolument pas les moyens de redresser un chargement qui bascule, ni de lutter contre un incendie, et n'a aucune possibilité d’intervenir en cas d’urgence. Le Grande America par exemple a sombré au large de La Rochelle le 12 mars 2019 après qu’un de ses conteneurs a pris feu spontanément.

Les 15 plus gros porte-conteneurs du monde polluent à eux seuls autant que la totalité du parc automobile mondial (estimé à 760 millions de véhicules). Les bateaux de transport utilisent un carburant de moins bonne qualité qui contient environ 2000 fois plus de soufre que le diesel utilisé dans les voitures européennes et américaines. La taille de ces mastodontes, le nombre de boîtes embarquées,  la nécessité d’aller vite, font que leur contenu n’est que rarement contrôlé. Le MSC Zoe, un navire neuf, a perdu 270 conteneurs dans la nuit du 1er janvier 2019, en mer du Nord. Quelques-uns contenaient des produits chimiques dangereux et potentiellement explosifs. D’autres ont dérivé des jours entiers dans ces eaux, les plus fréquentées du monde, avant de couler ou d’être récupérés. La pollution et le risque de naufrage sont donc réels et on ne connait pas encore leurs effets sur les milieux marins

C'est donc encore une fois une écologie à deux vitesses qu'on veut nous vendre. D'un côté on nous demande de faire des efforts,  d'échanger nos chaudières au fuel contre une pompe à chaleur et d'acheter des véhicules électriques, de l'autre on lance une course effrénée à la rentabilité et à la rapidité, sans se soucier de son impact sur l'environnement. Le pot de terre contre le pot de fer.