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L'échouage de l'Ever Given a mis une fois de plus en avant les conditions de transport déplorables des animaux de ferme, notamment ceux transitant par voie maritime.

Onze navires bétaillers en provenance de Roumanie, cinq d'Espagne et deux d'Amérique latine, sont restés bloqués près d'une semaine dans le canal de Suez avec l'accident du porte-conteneurs.
130.000 moutons en provenance de Roumanie ont vu leur séjour à bord des navires considérablement allongé par les mésaventures du bateau affrété par l'opérateur taïwanais Evergreen. "Chaque heure compte pour les moutons et le taux de mortalité ne va faire que grimper. Les onze navires roumains ont enregistré un gros retard et on est certain que la nourriture du bétail est épuisée". 
La Roumanie a exporté 50.000 moutons par semaine depuis février par voie maritime, notamment à destination de l'Arabie Saoudite et de la Jordanie à l'approche du Ramadan. 

Les ONG dénoncent les conditions de transport du bétail car ce n'est pas la première fois que des cargaisons entières d'animaux d'élevage sont mises en péril. En septembre 2020, pris dans un typhon, un gigantesque cargo bétailler reliant la Nouvelle Zélande à la Chine, a disparu en mer avec à son bord 43 membres d'équipage et 5800 bêtes. En novembre 2019, un cargo a sombré en Mer Noire, 14 000 moutons sont restés bloqués à bord.

Mis en lumière par le blocage du trafic sur le canal de Suez, le transport maritime de bétail (notamment entre l'Europe et le Moyen-Orient) concerne chaque année des millions d'animaux. Leurs conditions de transport restent dénoncées comme indignes par les ONG.
La semaine dernière, les autorités espagnoles ont ordonné l'abattage de quelque 1.600 bovins, embarqués en Espagne sur le navire bétailler "Elbeik" à destination de la Turquie. Les autorités turques avaient refusé le débarquement du cheptel, craignant une épidémie de fièvre catarrhale à bord. Les bêtes ont donc été euthanasiées après avoir erré en Méditerranée pendant pas moins de trois mois. Une issue qui fait écho à celle qu'ont connue le mois précédent quelque 800 bêtes refoulées de Turquie vers l'Espagne à bord du navire "Karim Allah".

Plus de 2,8 millions de bovins, ovins et caprins ont été exportés vivants par voie maritime depuis des pays-membres de l'UE vers des pays du pourtour méditerranéen en 2018. Un chiffre qui comprend plus de 625.000 bovins et 2,2 millions de moutons et chèvres (dont 56 % en provenance de Roumanie) expédiés vers des pays comme la Turquie, la Syrie, la Jordanie, l'Égypte, ou la Libye, selon un rapport de la Commission européenne d'avril 2020.

Il y est fait état de lacunes dans la supervision par les États-membres (Roumanie, France, Espagne...) qui voient embarquer ces animaux dans leurs ports. Depuis des années, l'ONG CIWF (Compassion in World Farming) dénonce, avec d'autres organisations, des infractions à une règlementation qu'elle juge par ailleurs insuffisante. Parmi les principaux problèmes observés dans le transport maritime, "la qualité de construction, de conception et d'entretien des navires", indique Agathe Gignoux, responsable du plaidoyer pour CIWF France. Elle cite pêle-mêle "des inclinaisons de rampes très pentues, des hauteurs de pont très basses, des hauteurs de stalles trop basses", qui compliquent l'apport de nourriture, d'eau, et plus généralement, des navires vétustes, qui ont été réaménagés, "mais n'ont pas été construits pour le transport d'animaux".

Des car-carriers recyclés en navires bétaillers

Dans son rapport, la Commission européenne souligne que pour la plupart, les navires utilisés pour le transport de bétail sont d'anciens navires qui transportaient des voitures. Plus grave, selon Agathe Gignoux, "il n'y a pas de suivi vétérinaire à bord" lors de ces trajets qui peuvent durer "entre cinq et huit jours en moyenne". La Commission européenne note par ailleurs que ces liaisons maritimes durent parfois plusieurs semaines. En juin dernier, le Parlement européen s'est inquiété des "allégations de violation de l'application du droit de l'Union" dans le transport des animaux vivants et acté la création d'une commission d'enquête sur le sujet, pour une durée d'un an.