R (2)

Hier matin, 7:30, mes yeux s'ouvrent sur une magnifique journée. C'est le weekend, le beau temps est au rendez vous, et après ces longues semaines de grisaille et de pluie je n'ai qu'une envie, me lever et en profiter.

J'ouvre les volets, la porte donnant sur le jardin. Une petite brise fraîche me fait frissonner mais déjà les premiers rayons du soleil me font de l'oeil. Une myriade d'oiseaux m'accueille en gazouillant, les chats rentrent de leur safari nocture, viennent me dire bonjour en déposant à mes pieds une offrande et se frottent contre mes mollets en ronronnant, le chien s'extirpe péniblement de son panier puis descend sur la pelouse pour faire son petit pipi du matin. Je prépare le petit déjeuner, je m'installe sur la terrasse et je savoure la tranquilité de l'instant.

Tout à coup, le silence fait place au bruit, le chant des oiseaux est couvert par celui d'un moteur, le voisin d'en face s'est mis à jouer de la motobineuse. Je râle, quand même il abuse, il est en retraite et a toute la semaine pour faire ce genre de travaux. En plus à cette heure, il éxagère.

Mais le concert ne fait que commencer, c'est la symphonie rurale.

A vrai dire, il avait déjà commencé bien avant... Vers 4h00, avec le chant des coqs qui dès l'aube rivalisent d'efforts pour émettre le plus tonitruant des cocorico, relayé par l'aboiement des chiens que les joutes vocales des volatiles dérangent. Puis vient le hennissement des ânes, sans doute réveillés par cette cacophonie. Les sons de la campagne, ceux qui font son charme et que j'aime tant. J'avais réduit tout ce petit monde au silence en fermant la fenêtre avant de me recoucher et de retrouver le sommeil pour quelques heures. Le double vitrage, quelle belle invention!

La motobineuse donc nous proposait une polyphonie reconnaissable entre mille : les allez sonnaient différemment des retours, je pouvais savoir, à l'oreille, comment évoluait le musicien derrière son instrument.

Pour compléter l'orchestre, le deuxième instrument à entrer en lisse fut la bétonneuse, sortie par le voisin d'à côté qui rénove son garage, bientôt rejointe, quelle chance, par la tronçonneuse, un autre voisin ayant un vieil arbre mort à débiter. Ce n'est pas tous les jours que l'on peut écouter ces deux ténors. Ne manquait plus que la scie à ruban pour finir de couper la réserve de bois pour l'hiver, mais celle-ci est restée en coulisse fort heureusement. Il ne restait plus qu'à attendre le bouquet final, la formation des tondeuses et débroussailleuses étant en marche pour proposer un quatuor, non plutôt un quintet, et un final retentissant.

Midi arrive, la fanfare doucement se retire. l'odeur du bois qui brûle, suivi bientôt par celle des grillades... C'est l'heure du barbecue, enfin le week-end commence...

Ah oui, mais non!!! Parce qu'à 13h30, l'agriculteur qui possède le pré d'à côté décide de faire son foin. Et c'est reparti pour deux heures de vacarme. Ah, la douce mélodie du tracteur! Qui ne l'a jamais entendue ne sait pas ce qu'il perd. Impossible donc de siroter son petit café au calme, ni de lire son journal en écoutant le gazoullis des mésanges.

Patience M., patience! La soirée promet d'être plus reposante, vont bien finir par aller dormir ces gens là!

Vers 23h je m'étire en baillant, je me glisse dans mon lit, invite Morphée à me prendre dans ses bras en pensant déjà à la nuit merveilleusement calme et reposante que j’allais passer. Au bout de quelques minutes, mon esprit se focalise sur les stridulations aiguës du miaulement de chats amoureux qui se content fleurette sous mes fenêtres. Le hululement d'une chouette s’éleva et se répéta à intervalles réguliers, puis les chiens du quartier se mirent à aboyer sans relâche, suivis de cris d’animaux inconnus trouant la nuit.

Ah la campagne! Quel contraste quand même avec le bruit et l’agitation de la ville, le brouhaha de la foule dans les rues, le vrombissement des moteurs, les altercations des noctambules bourrés à la sortie des bars, ...